LA DISTILLERIE SIMON-AÎNÉ
1862 - 1959 - Chalon sur Saône
Lorsque je repense à la distillerie SIMON-AÎNÉ, c'est tout un pan de mon enfance qui me revient. J'y ai en effet passé pratiquement toutes mes vacances, chaque été, auprès de mes grands-parents maternels et je peux encore sentir l'odeur pénétrante du cassis ou des oranges macérées qui embaumait tout le jardin autour des bâtiments.

Selon Claude Elly, ancien journaliste au "Courrier de Saône et Loire" avec qui j'ai pris contact, mais qui n'a pu m'éclairer (19 spécialités bourguigonnes du temps passé - parution du 6 septembre 1977) la distillerie SIMON-AÎNÉ aurait été fondée en 1862 (ou du moins elle commercialisait une liqueur de prunelle en cruchon, depuis 1862). J'ignore qui en est le fondateur; à cette date mon arrière-grand-père Jean-François SIMON, dit "Simon Aîné" n'avait en effet que 16 ans.
C'était le fils de Géraud-Etienne Simon, instituteur, puis propriétaire terrien à Luzinay (commune proche de Vienne - Isère) mais qui était originaire de Serpaize (Isère).

Portrait de Géraud-Etienne Simon
L'origine de la famille Simon est toutefois dans l'est du département de la Creuse (Mérinchal et Saint-Bard. Vous pouvez jeter un œil sur la page qui lui est consacrée). Jean-François SIMON avait épousé en premières noces Joséphine Benoît, de Pont-de-Vaux (Ain) dont il avait eu 8 enfants et qui est décédée à l'âge de 30 ans, puis en secondes noces la cousine de sa première épouse, Louise-Sophie Benoît qui lui a donné 4 autres enfants: la descendance était bien assurée!
Selon des souvenirs conservés dans la famille, Jean-François SIMON aurait quitté très jeune la maison familiale, car il s'entendait mal avec son père. Il aurait alors trouvé du travail dans une distillerie où il a appris le métier et fini par prendre une telle influence sur son patron qui était, dit-on dans la famille, devenu alcoolique, qu'il a pu en obtenir la communication de ses secrets de fabrication et sans doute (mais je n'ai pas eu confirmation formelle) finir par prendre sa place à la tête de l'entreprise, à laquelle il aurait donné son nom.

Jean-François SImon à 40 ans
Peut-être est-ce la raison pour laquelle, instruite par l'expérience, la famille SIMON telle que je l'ai connue dans mon enfance, ne buvait que de l'eau, sauf à déboucher une bonne bouteille dans les très grandes occasions (comme ci-dessous, en 1903).

Car la cave du grand-père était fabuleuse et, paraît-il, une des plus belles de Bourgogne... J'ai entendu raconter à ce propos une anecdote: lorsque Étienne Simon, mon grand-père, a fait son service militaire, il a été appelé lors de son incorporation par son colonel qui lui aurait dit: "vous êtes bien le fils de Simon Aîné, distillateur à Chalon? alors vous devez vous y connaître en vins de Bourgogne". Mon grand père, très intimidé et ne sachant trop que répondre, son colonel lui proposa de visiter sa cave personnelle, dont il était très fier, et lui donner son avis. Étienne Simon, après avoir vu la cave aurait donné à son supérieur quelques conseils si judicieux qu'il fit tout son service militaire comme sommelier personnel du colonel!

Jean-François Simon
Je sais donc bien peu de choses sur lui et encore
moins sur les conditions dans lesquelles Jean-François SIMON a été
amené à devenir distillateur. Il ne semble n'avoir aucun lien de
parenté avec ce SIMON-AÎNÉ qui exploitait déjà en 1833, en association
avec Auguste JULLIEN, une distillerie d'absinthe à Pontarlier dans les
locaux de l'ancien couvent des Bernardines, sous l'appellation
"Fabrique d'Absynthe du Roi".
J'ai recherché quelle était la distillerie où Jean-François SIMON avait fait son apprentissage. Il a vécu à Pont-de-Vaux, dans l'Ain, à partir de 1871, date de son mariage avec Joséphine Benoît (l'acte de manriage dit qu'il est distillateur). Il habitait Grand-Rue et c'est là que sont nés ses 4 premiers enfants.

Tout porte donc à penser que la distillerie se trouvait également à Pont-de-Vaux. Je n'ai trouvé trace dans cette ville, à cette époque, que d'une seule distillerie, la distillerie Garnier et fils, dont l'existence est attestée par ce pyrogène, en vente sur internet, objet relativement rare qui évoque irrésistiblement ceux distribués en grand nombre par la distillerie Simon-Aîné par la suite.

En 1879 (17 ans par conséquent après la création de la distillerie) Jean-François Simon est allé vivre à Chalon-sur-Saône, rue des Carmélites (actuellement rue de la Motte, où a été édifiée ensuite la distillerie) où est née sa fille Jeanne, puis rue des Lancharres où sont nés Joseph, Jospéhine et Francisque. Les deux filles qui suivent: Marie et Marguerite sont nées à Pont-de-Vaux mais leur acte de naissance dit que leur père, ditillateur, réside à Chalon-sur-Saône, rue de Lyon. Et c'est rue de Lyon où naissent ses deux derniers enfants: Pierre et Gabrielle.
La distillerie Simon-Aîné de Chalon-sur-Saône est elle une nouvelle distillerie, qui aurait succédé à la
distillerie Garnier et fils? ou bien d'un création. Toujours est-il que
Jean-François Simon semble lui avoir donné son nom alors que les papiers
commerciaux indiquent tous une fondation en 1862, comme "Fabrique de Liqueurs Superfines - Distillerie d'Absinthe Supérieure - Inventeur et seul fabricant du Suc Bourguignon" (et non "Suc Simon"; voir
ci-après une facture signée F. Simon Aîné, du 19 novembre 1892 où la
distillerie se plaint d'un envoi de deux balles de fenouil - utilisé
dans la fabrication de l'absinthe - de mauvaise qualité). J'ai moi-même
eu l'occasion de déguster, dans les règles (avec la cuillère spéciale
et le morceau de sucre), une bouteille d'absinthe Simon-Aîné trouvée
dans le fond de la cave de mon grand-père. Une facture
plus ancienne, de 1884 mentionne "Distillerie d'Absinthe Suisse";
faut-il chercher dans ce pays l'origine de notre distillerie? Cela
semble peu probable et, au demeurant, l'absinthe est sans conteste une invention suisse.
Une très ancienne publicité de la maison SIMON AÎNÉ
(1882 d'après son vendeur sur eBay) que j'ai acquise, donne comme adresse pour la distillerie 5, rue des Lancharres et 9, rue
de Lyon (là où sont nés 3 des enfants de Jean-François). Il est donc
probable qu'elle se trouvait à l'angle de ces deux rues, avant la
construction de l'usine et de la maison que j'ai connues. Il est
amusant de noter qu'elle propose un "extrait d'absinthe suisse
perfectionnée"

Nous savons donc que la distillerie SIMON AÎNÉ a été crée en 1862, à Chalon-sur-Saône, rues de Lancharres et de Lyon et qu'elle a déménagé à l'angle de la rue de la Motte et de la place de Beaune - sur un terrain où avait habité Jean-François SIMON en 1879 - entre 1898 (l'acte de naissance de Gabrielle, derrnier enfant de Jean-François Simon, est rue de Lyon) et 1902, date de la première photo datée que nous ayons des bâtiments.


une photographie prise par la grand'mère
Elle était située près du centre-ville, à l'extrémité de la place de Beaune, face au kiosque à musique, entre la rue de la Motte et la rue de Belfort.
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... au coeur d'un beau jardin où s'édifiait également la maison habitée par lui, puis par son fils aîné Etienne Simon, mon grand-père, qui avait pris sa succession. Cette maison a été démolie lors du percement de la rue Colette, en 1973. À sa place s'élève actuellement un grand immeuble.
Le bulletin n°53 (octobre 2009) de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon-sur-Saône, en grande partie consacré à l'histoire de la distillerie Simon-Aîné, donne les précisions suivants: "Les bâtiments de la distillerie sont restés à l'abandon, après le dépôt de bilan de la société Simon-Aîné, avant de retrouver une nouvelle vie avec l'installation, à la fin des années 1960, de la succursale d'un chaîne de quincaillerie et électro-ménager: Caténa. C'est ce magasin de 1000 m2 qui a spectaculairement brûlé le 8 avril 1972 avant dêtre rasé pour la construction du grand immeuble, au rez-de-chaussée duquel se trouve aujourd'hui une agence de la Caisse d'Épargne."

L'emplacement actuel (04° 51' 42" E - 46° 47' 05" N), vu par Géoportail
même prise de vue que la carte postale en haut de la page, mais actuellement (Google Street View)

la maison en 1903
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niveau sous-sol - communs |
niveau rez-de-chaussée |
Cette maison était un bel exemple de "maison
de maître" de la fin du 19ème siècle. Elle comportait 4 niveaux: d'abord les
communs en contrebas (buanderie, chaufferie et cuisine reliée par un
monte-plats à l'office sis au rez-de-chaussée, près de la salle à
manger). Ce sous-sol était au niveau de la rue de la Motte et
accessible pour les livraisons et pour les sorties "sans façon".
L'imposant rez-de-chaussée était desservi par une allée en pente douce,
venant du portail d'angle donnant sur la place de Beaune. Il était
bordé par un balcon-terrasse auquel on accédait depuis le jardin par un
majestueux escalier double. C"était "l'étage noble" et de
réceptions (les cuisines étaient en dessous, dans le communs, déservies
par un monte-charge), puis un 2ème étage et des combles. C'est dans les
pièces d'apparat (salle à manger, vaste salon) qu'a eu lieu en 1903 la
réception de mariage de mes grands-parents et plus tard, en 1931, celle
de mes parents. Mes grands parents furent logés au premier étage, dans
un appartement de qualité dont je me souviens encore fort bien. Le
dernier étage, qui était un comble "à la Mansard" abrita quelques
années durant ma gand-tante Jeanne Simon, épouse de Laurent Pelletier.
Ils y élevèrent leurs enfants. De la sorte, cette grande maison
familiale se trouvait en permanence pleine de frères, soeurs et cousins
qui ont conservé un souvenir attendri de cette époque. Lorsque
Jean-François Simon décéda, en 1916, sa veuve continua à occuper le
sous-sol et le rez-de-chaussée, avec ses enfants encore célibataires et
son frère Francisque Benoît; ce jusqu'à son départ pour Givry. Je n'ai
pas connu cela. Lorsque j'étais petit, mes grands parents n'occupaient
plus que le premier étage et quelques dépendances au rez-de-chaussée;
le reste était loué à des personnes étrangères à la famille.
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le salon et la salle à manger du 1er étage
La distillerie, en forme de L, faisait face à la façade au balcon. Elle se composait d'un premier corps de bâtiment, accessible depuis la place de Beaune, où se trouvait l'administration.

la distillerie et la maison, nouvellement édifiées, en 1902

le même point de vue actuellement (Google Street View)
Plus tard, la façade des bureaux a été modifiée et on y a ajouté un perron.
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maman et ses plus jeunes soeurs devant l'entrée des bureaux
J'ai souvenir d'une vaste pièce meublée de bureaux et de classeurs en bois sombre, dans le fond de laquelle ouvraient les bureaux du directeur et de son fondé de pouvoir, séparés du reste des employés par une estrade (si mes souvenirs d'enfants sont exacts). Mais je n'avais que rarement le droit de pénétrer dans ce sanctuaire. On m'a raconté que maman, petite, aimait à venir y voir travailler la comptable, qui additionnait de longues colonnes de chiffres plus vite que l'oeil ne pouvait les lire. Maman était très impressionnée et s'entrainait en cachette pour pouvoir en faire autant. Un beau jour, sûre d'elle, elle laissa entendre à la comptable que cela ne devait pas être bien difficile de compter aussi vite. Amusée la comptable lui donna à additionner une page de chiffres et maman, l'air faussement modeste, fit l'addition aussi vite que la comptable, qui en resta ébahie. Maman avait eu sa petite heure de gloire...
Derriere les bureaux il y avait deux vastes ateliers, réservés à l'embouteillage et à l'étiquetage. Toute cela se faisait encore de façon très artisanale. Les bouchons et leur colerette d'étain étaient placés à la main dans une presse à levier et les étiquettes collés une par une.

Sur cette photo, probablement également prise en 1902 à l'entrée
des ateliers, figurent les employés de la distillerie, avec leurs
instruments. On y voit en particulier les presses à boucher et cacheter
les bouteilles; je les ai vues encore en fonction, dans mon enfance.

façade des ateliers
Un second bâtiment perpendiculaire aux bureaux, tout en longueur sur deux niveaux, abritait les entrepôts, les quais de livraison et la distillerie proprement dite. Là, il m'arrivait parfois d'y rentrer, bien que cela me soit interdit à cause de la présence d'une redoutable monte-charges dans la trémie duquel j'aurais pu tomber.

A l'angle des bureaux et des entrepôts il y avait le saint des saints: la distillerie proprement dite.
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c'est moi, sur les genoux de grand'mère, en 1944
Un grand four de briques, avec des portes en fer noir, servait à chauffer. Il était surmonté d'une haute cheminée de briques, visible dans tout le quartier et dont la fumée revenait parfois désagréablement vers la maison. On distingue la base ce cette cheminée sur les photographies ci-dessus.

l'entrée de la chaufferie en 1910
Juste derrière le four se trouvait un bel alambic de cuivre rouge et, en face, trois grandes cuves, également en cuivre, où les fruits macéraient dans l'alcool.

la chaufferie et les ateliers en 1903
Je regrette vivement de n'avoir aucune photographie de l'intérieur de la distillerie car ce bel ensemble industriel de la fin du 19ème siècle était une vraie pièce de musée. En zoomant sur les fenêtres de la vue ci-dessus on arrive toutefois, après traitement, à distinguer les alambics.

Et au hasard de l'album de famille, un autre détail de 1923 montrant qu'il y a eu des modifications (un nouvel appareil est visible par la fenêtre du centre). Une autre photographie, de 1934, confirme cette disposition.


L'odeur de liqueur était pénétrante et, dans mes
souvenirs de petit enfant, particulièrement attirante. Je n'étais
d'ailleurs pas le seul à penser cela puisque, régulièrement, des
essaims d'abeilles venaient s'y engloutir et s'y noyer, heureuses et
comblées. Maman m'a raconté qu'étant gamine, elle avait un cousin
particulièrement déluré qui avait fait le pari de faire pipi dans les
cuves. Il y serait arrivé après être monté sur le toit et avoir retiré
quelques tuiles! Qu'a t'on fait alors du contenu des cuves? Je l'ignore
et je ne pense pas que les enfants se soient vantés de cet exploit. Par
contre on m'a raconté que les fonds de cuve, une ou deux fois par an,
étaient mélangés et revendus à bas prix dans les cafés de la région
sous l'appellation de "n'importe quoi".
Cela faisait sourire.
La production de la distillerie était variée et
toujours de très grande qualité. Le produit vedette était une liqueur à
base de plantes, proche de la "Chartreuse" qui était vendue, sous
l'appellation de "Suc Simon",
en deux versions: jaune (43°) et verte (56°). Ce produit s'est appelé
au départ "Suc Bourguignon" puis "Nectar Simon". Sur la publicité
reproduite en haut de cette page il est question de "Marjolaine, verte,
jaune, blanche" qui est très probablement l'ancêtre du Suc Simon. Il
est écrit sous la représentation de cette marjolaine en cruchon: "ces trois liqueurs sont identiques de fabrication, finesse et parfum aux produits des Chartreux"; cet aveux implicite met fin à toutes les controverses puique la commercialisationde la chartreuse est attestée depuis 1737.

Le Suc Simon faisait parfois l'objet d'une présentation plus personnalisée, comme ce cruchon de grès flammé.

Il figurait en priorité sur les objets publicitaires, comme ce catalogue, ces cartes de bar ou ces mignonettes.

sur cette carte on trouve le "Nectar Simon"

et sur celles là, plus récentes, il est déjà question de "Suc Simon"

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Mais il devient de plus en plus difficile d'en dénicher
des bouteilles encore pleines... À défaut et si vous voulez vous faire
une idée, ce qui ressemble le plus au Suc Simon est à mon avis, en dehors de la chartreuse dont elle est une copie, l'Élixir d'Armorique de la distillerie Warengheim:
une liqueur dont l'origine est presque aussi ancienne (1902) et qui a
reçu de nombreuses médailles. J'y retrouve à peu de chose près la
saveur que le Suc Simon a laissé dans ma mémoire. La recette de cette
liqueur est toutefois du Whisky alors que le Suc-Simon comportait, je
crois me souvenir, du vieux cognac.


La production de la distillerie, toutefois, était loin de se limiter au suc-simon et comprenait également de nombreuses autres liqueurs de fruits dont il reste encore dans la famille quelques bouteilles pleines et des cruchons de grès joliment décorés (modèles déposés par l'entreprise Langeron à Pouilloux - cf "Le courrier de Saône et Loire du 6 septembre 1977). Un de ses grands succès était la liqueur de prunelles, mise au point par un autre distillateur chalonnais (distillerie Gaston NALTET-MENAND 27 rue du Temple) selon une recette trouvée par hasard par un cousin BARRAULT pharmacien, de Buxy, puis largement copiée. Elle était présentée dans un joli cruchon en grès émaillé, bleu et blanc, avec bouchon en grès bleu (la prunelle Naltet avait pratiquement la même présentation mais le bouchon était de couleur différente. Tout comme la liqueur de prunelles Simon-Aîné celle de la distillerie Naltet avait également une présentation plus simple, en cruchon droit. Il est indéniable que Jean-François SIMON avait plagié sans le moindre état d'âme... Toutefois la publicité ancienne reproduite en début de page représente déjà un cruchon de prunelle Simon. Les deux distilleries étaient d'ailleurs voisines puisque, dans la rue de Lyon, les rues des Lancharres et du Temple se suivent.

situations respectives des deux distilleries (GoogleMap)
Toutefois, René JEANNIN-NALTET, decendant de Thomas
NALTET me dit que, d'après quelques informations locales, qu'il reste à
confirmer, son oncle Maurice NALTET (fils de Gaston NALTET), ayant
quitté l'armée de l'Air en 1919 serait entré dans l'entreprise
SIMON-AÎNÉ à cette date et y serait resté jusqu'en 1928; il est
probable qu'il a apporté avec lui la recette authentique de cette
liqueur. Après la liquidation de la société, la fabrication de la
liqueur de prunelle a été reprise par la société Lejay-Lagoute (majoritaire de la société SIMON-AÎNÉ à cette époque - voir en fin de page), qui en a revendu en 2009 les droits à Thierry JEANNIN-NALTET
(4 rue de Jamproies - 71640 Mercurey) lequel en poursuit la fabrication
et la diffusion suivant la recette et les présentations traditionnelles.
Le cruchon droit de la version Simon-Ainé, tel qu'on en voit la photographie ci-après, bien qu'étant émaillé avait le défaut d'être à la longue plus ou moins poreux... j'en ai fait moi-même la triste expérience et débouché un cruchon que je croyais plein et dans lequel il ne restait plus que quelques gouttes d'un épaix sirop!)


Mais d'autres liqueurs étaient également offertes en cruchons, en séries limitées.



Et voici une belle collection de photos des produits Simon Aîné, pleins, entamés ou vides mais d'une grande variété.
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La facture de 1862, déjà citée, mentionne également
que la distillerie produisait le "Kola-Koff-Simon - Puissant tonique
apéritif à base de Noix de Cola et de Quinquina". Ce produit a disparu
ensuite de la production.
Petite parenthèse à propos des imitations:
On déniche parfois des produits Simon Aîné dans les
enchères sur internet et chez quelques vendeurs spécialisés,
essentiellement en Suisse. Mais je ne garantirais surtout pas qu'il
s'agisse d'originaux car, si je me souviens bien, les contrefaçons
étaitent déja nombreuses lorsque la distillerie était encore en
activité (il y a avait même un petit "musée de la copie" dans un coin
du bureau de mon grand-père!) et, actuellement, plus rien ne semble s'y
opposer, sur le plan
légal, puisque la marque a disparu avec la liquidation de la société.
Ainsi, on
peut lire très distinctement sur l'étiquette de la bouteille de
prunelle ci-dessous "Simon Aîné - Beaune (Côte d'Or)". De même, la bouteille de Marc ci-dessous,
est vendue sous la
description "authentique marc de Bougogne de la famille Simon Aîné. -
récolte de 1975"; la distillerie ayant cessé son activité en 1959, cela
laisse songeur. Un autre vendeur sur internet propose une bouteille de
marc de Bourgogne "égrappé 1963 - produit de la famille Simon Aîné
Beaune" Sont-ce des produits de la maison François LABET, à Vougeot, dont
le nom commercial déposé est "LA CAVE DES TAILLANDIERS - SIMON AINE A
BEAUNE - BARON DE BOURGOGNE"
? Je ne le pense pas, mais plutôt des imitations reprenant jusqu'aux
médailles décernées à la distillerie Simon-Aîné. Quant aux capsules
métalliques... à quand ce
procédé remonte t-il? Plus je progresse dans mes recherches et plus je
constate que la copie, dans le domaine des liqueurs, a été et est
encore largement pratiquée... et Simon-Aîné n'a visiblement pas été le
dernier à le faire! Mais au moins le nom a t-il été repris et c'est
tant mieux.

J'ai aussi trouvé, il y a peu de temps, en vente sur
internet une série d'étiquettes de liqueurs de la société "SIMON Jeune"
à Chalon-sur-Saône. Le style de ces étiquettes est proche de celui des
étiquettes Simon Aîné, en particulier pour celles des crêmes de Menthe
et de Cassis qui reprennent les fonds métalisés des productions
tardives de la maison Simon Aîné (voir la bouteille de brou de noix
ci-dessus). Les autres étiquettes semblent être plus anciennes, avec un
logo compliqué proche de ceux qu'on trouve chez Simon Aîné. Mais, bien
que le graphisme et la typographie soient proches, il ne s'agit ni de
copies, ni de plagiat. J'ai essayé, sans succès, de trouver mention de
cette distillerie "SIMON Jeune" et n'en ai jamais entendu parler dans
la famille.

Fermons la parenthèse.
Toutes ces liqueurs étaient faites à partir de
fruits frais. Des cousins, qui exploitaient des orangeraies à Nabeul,
en Tunisie, fournissaient régulièrement la distillerie, en hiver. Les
oranges arrivaient par bateau, en remontant le Rhône, puis la Saône et
étaient épluchées, car le curaçao et la liqueur d'orange ne sont faits
qu'à partir de l'écorce du fruit. Les fruits épluchés étaient ensuite
distribués dans les écoles, pensionnats, maisons de retraite, hôpitaux
de la région, pour être rapidement consommés, en salades. À ce propos,
j'ai retrouvé dans les archives de la famille, les photos prises en
Tunisie par mes grands-parents, lors de leur voyage de noces chez leur
oncle, à Nabeul. Les trouvant très intéressantes, je les ai mises en
ligne ici.
De même, en été, une véritable armée d'étudiants allait cueillir le cassis sauvage, dans toutes les haies de la campagne bourguignone, pour alimenter la distillerie. L'odeur du cassis, entêtante, régnait alors en maître dans toute la propriété. Puis, à l'automne, c'était le tour de la récolte des prunelles, de la même façon.
Un de mes lecteurs vient de m'envyer une photographie d'une bouteille de cassis Simon, précieusement conservée dans la cave de ses parents, à Chalon et ouverte en juillet 2008 pour fêter leurs 50 ans de mariage. Vous pouvez comparer l'étiquette de cette bouteille, authentique, avec celle de l'imitation reproduite ci-dessus. Voici son appéciation:
"Bien que le bouchon (très court ) ait gardé une faible pression sur la bouteille, le cassis a développé toute sa saveur, assez sucré avec une belle robe sombre et une force en gorge qui procure un réel plaisir."

Les nombreuses médailles gagnées dans les concours internationaux, qui souvent figurent sur les étiquettes, sont la preuve de l'excellence et de la qualité des produits SIMON AÎNÉ. Ci-dessous une photo prise lors de l'exposition de Turin en 1911. Je n'ai pas réussi à y identifier formellement Jean-François SIMON (probablement est-ce lui, en costume sombre au fond de la rangée de gauche, qui s'accoude sur le dossier de sa chaise. Mais, en tous cas, le repas semble avoir été bien arrosé...

La distillerie SIMON AÎNÉ produisait également
d'autres alcools, comme le marc de Bourgogne (au passage, on note que
la forme de la bouteille ainsi que l'étiquette n'ont rien à voir avec
celles des imitations actuelles). Elle importait également divers
produits dont un vieux rhum de Martinique qui me laisse encore un
souvenir ému (je pense, hélas, qu'il n'en reste plus une seule goutte),
mais aussi du vin et, plus particulièrement des vins algériens de la
région de Mascara, de grande qualité et qui vieillissaient bien et aussi des vins tunisiens produits par nos cousins de Nabeul.
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A cela s'ajoutaient nombre d'objets publicitaires, cendriers, pyrogènes (objet dans lequel on plaçait des allumettes, avec un grattoir sur le côté), mignonettes, carafes, buvards, bons de change, jetons, crayons, lampes, agenda, plaques, canifs, papier à lettre, facture, tapis de bar, affiches... que l'on trouve encore régulièrement en vente aux enchères sur le net (d'où sont extraites la plupart de ces photographies).
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![]() quelques pyrogènes
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![]() rare pyrogène à pied douche, avec marque du fabricant ![]() rare pyrogène à coupe en bois |
![]() ![]() quitances |
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![]() crayons |
![]() jetons |
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![]() boîte à jetons |
![]() couteau - tire bouchons |
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![]() probablement la plus ancienne représentation du "Suc Bourguignon" et mignonette de prunelle |
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![]() carafes diverses
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![]() un cruchon de prunelle grand format transformé en lampe |
![]() buvards |
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![]() calepin |
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![]() sous-main ![]() |
![]() divers cendriers |
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couteaux
publicité pour une imprimerie et papier à en-tête
enveloppes
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La production de la distillerie se vendait dans toute la région, ainsi qu'en Suisse où elle avait un représentant fort actif et aux USA, sous une présentation différente, en particulier par la société "Paul Gelpi and sons", négociants d'origine française à la Nouvelle-Orléans.


un courrier et une publicité de la société Paul Gelpi
à l'époque on parlait encore beaucoup français à la Nouvelle-Orléans et les journaux y étaient en cette langue

extrait du journal du dimanche, Montréal 10 août 1912
...Mais aussi à New-York où Joseph, un des
fils de Jean-François se chargeait de la commercialisation et avait sa
propre distillerie, portant le nom de son épouse (Chardeau). Cette
distillerie de New-York fut vendue à la mort de Joseph Simon et sa
veuve revint vivre en France, avec ses enfants et ouvrit un
hôtel-restaurant à Semur en Auxois. Je suppose que la distillerie fut
fermée à l'époque de la prohibition et que le terrain fut revendu car
le siège social,
à mi-chemin en Manhattan et Soho, était particulièrement bien placé. En
ce qui concerne la distillerie et la maison d'habitation il ne reste
rien, les bâtiments ont été rasés il y à longtemps pour construire le
terrain de tennis de New-York.

Une vue actuelle, par Google-earth

document d'immigration de Joseph Simon - 28 novembre 1903


Une étiquette de la distillerie Chardeau
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quelques produits Simon-Aîné destinés à l'importation aux USA

un cruchon de prunelle au cognac importé en Argentine (curieusement le bouchon et l'étiquette ne sont pas bleus)
J'ai également retrouvé la trace d'importations en Italie: une bouteille de fine abricot de 1940 (comme quoi la guerre n'empêche pas le commerce...):

Lorsque mon arrière-grand-père Jean-François Simon, fondateur de la distillerie est décédé, il laissait derrière lui 12 enfants. Pour faciliter la succession une société fut créée, dont les enfants se partagèrent les actions. Mon grand-père Etienne Simon, qui était l'aîné, prit le poste de directeur.

Mais mon grand-père Etienne n'eut que des filles (à l'époque il était pratiquement inconcevable qu'une femme occupât un poste de direction, bien que certaines d'entre-elles aient laissé le souvenir de femmes brillantes) et ses jeunes frères avaient été destinés à d'autre tâches: Joseph avait été envoyé aux USA représenter la société; Francisque fit de même à Leipzig (ville réputée pour ses grandes foires), avant de travailler en Ile de France (voir l'en-tête de lettre ci-dessus, où l'adresse de la distillerie est à Aubervilliers); Pierre le plus jeune, faisait l'objet de tous les espoirs. C'est lui qui détenait les (précieux) secrets de fabrication et il aurait volontier vu son fils, également prénommé Jean-François, en "repreneur de l'enseigne".

Deux des gendres furent également appelés à collaborer: Auguste Loisy en Ile de France et Laurent Pelletier comme représentant.

Dans les années 50, la distillerie a diversifié sa production, obtenant un contrat pour l'embouteillage des jus de fuits de la marque "Orangina" pour une partie de la France.
Cela n'a toutefois pas suffi à sauver
l'établissement, face à une concurrence et une industrialisation de
plus en plus fortes et, il faut bien le dire, du fait d'une gestion à
l'ancienne, peut-être un peu laxiste et dépensière, ainsi que d'une
recherche de qualité, de plus en plus inadaptée au marché et aux
exigences de la vie moderne. À cela sont venues s'ajouter des
malversations de la part d'un employé (voir ci-dessous) qui ont
largement contribué à "couler" l'entreprise.
Etienne Simon ne prit donc sa retraite qu'à un âge
avancé. D'après ce que j'ai entendu dire (mais j'étais encore enfant),
il n'aurait pas su discerner à temps les signes avant-coureurs
alarmants relevés par ses banquiers, dûs à des dépenses excessives. Puis un mauvais contrôle des
actions aurait amené la famille à perdre la majorité dans la société,
au profit d'une firme concurrente de Dijon. La coupure de presse que je
reproduis ci-dessous, donne les tristes circonstances dans laquelle la
distillerie a déposé son bilan. Notre famille y a perdu un bien
précieux, tout comme les nouveaux actionnaires dijonnais (d'après les
souvenirs d'une cousine, il s'agirait essentiellement de la famille Lejay-Lagoute).

C'était en 1959. Mon grand-père est décédé dans l'année. On lui avait laissé la disposition de la maison, jusqu'à sa mort: on savait vivre en ces temps là. Je pense, en fait, que la maison avait été la propriété de la société Simon-Aîné, puis qu'elle avait été vendu lors de la liquidation, pour faire place à des logements et à une grande surface.
Il ne reste plus à la famille que la marque et les "secrets" de fabrication (ils sont pieusement conservés par un cousin) qui pourraient peut-être un jour, qui sait, redonner vie à ces merveilles qu'étaient les liqueurs Simon-Aîné.