Au temps où j'étais (encore) flûtiste

Avant de tout oublier, je me fais le petit plaisir de vous raconter quelle a été ma vie de musicien amateur: un monde un peu parallèle à ma "vraie" vie, mais qui m'est précieux. Je sais bien que ces radotages n'intéressent plus grand monde, à part quelques intimes, mais puisqu'il me reste encore pas mal de place pour l'hébergement de mon site, allons y donc. Vous voilà prévenu.

À Vannes

C'est ma ville natale et c'est dans cette ville que remontent mes premiers souvenirs musicaux. Mais la mémoire s'estompe et bien des détails me manquent.

À Vannes, il y avait un conservatoire, très modeste encore, avec deux professeurs de piano (monsieur Frémont et une demoiselle dont je ne retrouve plus le nom bien que j'ai été son élève, également chargée du solfège), deux professeurs de violon (Monsieur Ferron, également professeur d'alto et Jean Machaut
, l'organiste titulaire de la cathédrale, mais également violoniste). Il y avait également, je crois bien, un professeur de violoncelle et un de chant. J'ai également oublié le nom de son directeur à l'époque. Bien plus tard, ce poste a été occupé par Yves Peigné, qui avait été choriste avec moi à la manécanterie de la cathédrale. Le conservatoire se trouvait alors dans les dépendances à gauche de l'hôtel de Limur, rue Thiers. Il est actuellement sur le port.


Vannes: hôtel de Limur. À gauche l'ancien conservatoire

Des récitals de piano avaient lieu, assez régulièrement, dans la salle des fêtes de l'hôtel de ville (où se déroulaient également les examens du conservatoire). Les élèves ayant droit à quelques places gratuites, j'en ai largement profité. Je me souviens d'un concert de Samson François, essentiellement consacré à Chopin (j'en conserve pieusement un programme dédicacé) et aussi d'un concert d'Alfred Cortot, déjà très âgé et se déplaçant avec difficulté. Il avait choisi un répertoire ne demandant pas trop de virtuosité, car ses mains ne lui permettaient plus d'aborder le très grand répertoire, mais son jeu était exceptionnel. Je me souviens également d'un concert consacré à J.S. Bach pour lequel mes parents, très étrangers à la musique baroque, m'avaient dit: "Bach c'est de la musique difficile. Si tu t'ennuies trop tu pourras toujours partir discrètement à l'entr'acte". Je suis resté jusqu'au bout et ai apprécié énormément.


Vannes, hôtel de Ville: salle des fêtes;
un cadre bien impressionnant pour se produire en public quand on est encore un enfant.

Par ailleurs, les villes de Vannes et Lorient subventionnaient une troupe d'opérettes, qui se produisait dans les deux villes alternativement. J'y ai découvert avec ravissement tout le répertoire viennois, de la veuve joyeuse à l'auberge du cheval blanc, ainsi que les principales oeuvres d'Offenbach. Cela se passait au cinéma Richemond (dans la rue du même nom), devenu "Eden" avant d'être fermé, qui avait une grande scène et une fosse d'orchestre. L'ancien théâtre de la rue des Halles ayant été fermé pour des raisons de sécurité. La plupart de musiciens étaient des amateurs (je me souviens que maître Latouche, avocat et père d'un ami à moi, y jouait de l'alto). Cet orchestre de chambre a donné quelques concerts, mais je n'y ai jamais assisté. Il y avait également un petit corps de ballet, formé des meilleurs élèves de la classe de danse de Gisèle Chariot.


l'ancien cinéma Richemond (Google street)

Il y avait à Vannes deux chorales: la manécanterie de la cathédrale, dont je faisais partie et la chorale du grand séminaire, alors très fréquenté. Dans les grandes occasions, elles se réunissaient. Pour le 7ème centenaire de la naissance de Saint-Vincent-Ferrier (je crois) on a frappé un grand coup en créant une messe pour choeurs, chant d'assemblée et deux orgues (je crois bien de Jean Langlais, probablement sa "Missa Solemnis Orbis Factor" de 1968). La messe a été célébrée en plein air, sur la Rabine, par l'évêque de Vannes et les deux orgues étaient ceux de la cathédrale et de St Patern, en duplex… La synchronisation était ce qu'elle pouvait mais ça avait tout de même grande allure.

L'orgue que l'on pouvait entendre régulièrement à Vannes était surtout celui de Saint Patern, car le vénérable orgue Debierre de la cathédrale arrivait à bout de souffle (il a été restauré en 84/85) et son bel orgue de choeur, dont la console est placée très loin du buffet, n'était guère jouable; en tous cas je ne me souviens pas de l'avoir jamais entendu.


Vannes, cathédrale, les deux orgues

Dans les années 60 s'y est ajouté l'orgue de la chapelle de la clinique Huchet (sur la Rabine) devenue clinique Saint-Louis, mais cet orgue de communauté religieuse est resté très confidentiel. J'ai tout de même été autorisé à y jouer une fois, provoquant la panique de la religieuse organiste qui m'avait fait monter à la tribune, en commençant d'emblée par un plein jeu de Clérambault; elle n'avait jamais tiré à la fois plus de deux ou trois jeux, bien doux, et a cru que j'allais tout casser.


la clinique Huchet (Google street): rien n'a changé

Puis en 1970 c'est l'église Saint-Pie X qui a reçu un orgue du fact eur Schwenkedel. Mais je n'étais plus là depuis bien longtemps.

Également à cette époque a été construit l'orgue de la nouvelle église Notre-Dame de Lourde, dont l'abbé Nicolas directeur de la manécanterie de la cathédrale avait été nommé curé. J'ai très souvent joué de cet instrument, auquel j'avais accès libre. Une photo figure sur ma page des orgues.


du temps où j'étais petit chanteur; cétait en 1951 et j'avais tout juste 11 ans

J'ai quitté Vannes en 58 et ne suis plus très au courant de ce qui s'est passé ensuite, hormis l'existence de la chorale "l'Arche" dont ma mère a fait partie presque jusqu'à son dernier souffle. Créée par le professeur de chant du conservatoire, très porté sur le lyrique, c'était une chorale assez particulière et spectaculaire. Je me souviens d'une représentation, au palais des arts; du Roi David de Honneger, en costumes et aussi d'un concert consacré à Charles Trenet, également en costumes. J'en ai même gardé un enregistrement. Les choristes faisaient tout eux-mêmes: décors, costumes et s'amusaient comme des fous.


À Rennes


Mis très tôt au piano, par des parents bien avisés, j'avais donc connu le Conservatoire de Vannes puis, devenu étudiant, celui de Rennes jusqu'au jour où monsieur Cohen, mon professeur, m'a annoncé sans ménagement, en fin d'année scolaire 1959, qu'avec le niveau atteint par moi j'allais maintenant devoir choisir: où bien je m'efforçais de devenir professionnel - ce qui impliquait plusieurs heures de piano chaque jour et n'était pas gagné d'avance - ou bien je libérais une place dans sa classe, pour quelqu'un de plus motivé. Je ne m'attendais pas à cela et suis tombé de haut.

Hé bien, s'il en est ainsi, autant partir avec dignité et tourner la page sans faire de bruit. Mais pas question de laisser tomber la musique! Le piano ne veut plus de moi? Trouvons donc un instrument plus compréhensif avec les amateurs. Et, tant qu'à faire, plus facile à caser dans une chambre d'étudiant (il avait fallu démonter toutes les interrupteurs du couloir pour arriver à le faire passer...). J'avais eu un grand-père flûtiste, dont je conserve précieusement le vénérable instrument en bois, au mécanisme Tulou.


Une flûte, ça n'est pas encombrant, ça passe partout, c'est facile à transporter, pas désagréable à écouter. Va pour la flûte. Ayant déjà un pied - en même les deux - au Conservatoire de Rennes, je me suis renseigné sur les conditions d'admission dans la classe de flûte, comme débutant. Je ne pouvais pas mieux tomber: le professeur de flûte n'avait justement pas assez d'élèves. Sous réserve de devoir continuer également la classe de solfège, j'étais le bienvenu. On m'a même prêté l'instrument, le temps qu'il faudrait avant que je puisse en acheter un.

La première leçon a été une grande désillusion. J'avais l'habitude d'obtenir un son (parfaitement juste) du bout du doigt, au piano mais sortir quoi que ce soit d'une flûte, comme ça, sans avoir appris, c'est une autre paire de manches. Suffit pas de souffler. Si on sait pas "comment" souffler, rien ne sort. Et quand quelque chose a enfin daigné sortir, mon Dieu que c'était laid, et faux!

Passé ces premières déconvenues, tout a été plus simple et même beaucoup plus rapide que je ne l'avais escompté. J'avais une bonne formation musicale, je lisais sans peine la musique, mon oreille n'était pas trop mauvaise et mes doigts étaient agiles. Très rapidement mes efforts ont payé et, à la fin de ma première année de flûte j'avais atteint un niveau, sinon élevé, au moins utilisable.

Il y avait, je me souviens, dans la classe une chanteuse et claviériste d'un groupe de variétés, déjà assez connue à Rennes, qui souhaitait élargir ses possibilités en y ajoutant un nouvel instrument. Cette intrusion de la musique dite populaire dans ce temple du classicisme qu'était le Conservatoire suscitait beaucoup de curiosité. Mais la demoiselle travaillait, était bonne musicienne et m'a très vite dépassé. Qu'est-elle devenue?


Rennes: le Conservatoire

C'est également à Rennes que j'ai découvert l'opéra, au théâtre municipal (qui a pris beaucoup plus tard le nom d'Opéra de Rennes) et auquel son directeur Pierre Nougaro (père du chanteur) avait redonné un nouvel éclat en y faisant représenter les grandes œuvres du répertoire avec, en tête d'affiche, toujours quelques grands noms de la scène lyrique française. J'ai encore le souvenir ému d'y avoir entendu la très grande cantatrice Mady Mesplé.

Je n'étais pas bien riche à l'époque et les places de théâtre étaient chères. Alors je squattais le "poulailler", d'où on a d'ailleurs la meilleure écoute et une vue intéressante sur la salle. Mais il fallait arriver tôt et un peu jouer des coudes pour avoir une place (debout) au premier rang, entre deux colonnes; sinon on ne voyait rien.


Rennes, intérieur de l'Opéra (extrait de ce site)


À Angers

Puis ce fut le service militaire, dans le génie à Angers. Une fois les "classes" expédiées, me trouvant un peu désœuvré, je suis allé frapper à la porte de l'École de Musique (devenu Conservatoire aujourd'hui) où j'avais entendu dire qu'il y avait un excellent professeur de flûte (monsieur Boivin? je ne suis pas certain d'avoir retenu son nom). Il m'a accueilli très chaleureusement et je dois dire que gâce à son enseignement éclairé mes progrès ont été considérables et au prix de beaucoup moins d'efforts qu'à Rennes; ce qui prouve qu'un bon professeur peut faire des miracles.


si mes souvenirs sont exacts, l'école de musique d'Angers se trouvait
alors dans ce bel édifice (vue Google-street)

mais je me trompe peut-être. C'est déjà si lointain.

C'est également à Angers que j'ai découvert la musique de chambre, dans la classe de Monsieur Raphaël Fumet. J'ai appris beaucoup plus tard qu'il était également organiste (cétait un homme discret, un peu effacé et qui ne parlait guère de lui).


Une stupide rivalité entre les cordes et les vents avait amené l'École de Musique d'Angers à avoir deux classes distinctes de musique de chambre, toutes deux confiées à Raphaël Fumet: celle des intruments à corde et celle des instruments à vent que je fréquentais donc. Je n'ai par conséquent jamais eu droit, tant que j'y ai été élève, de jouer avec le moindre violon ou violoncelle! Stupide, mais je me suis largement rattrapé depuis. Nous avons travaillé un certain nombre d'œuvres non signées, que j'attribuais naïvement à notre professeur. Il ne nous a jamais fourni de précisions, estimant probablement que tout le monde savait qui en était le compositeur. Ce n'est que plusieurs années après cela que j'ai découvert qu'il s'agissait de préludes et fugues du 2è volume du Clavecin bien tempéré, de J. S. Bach, habilement transcrites par Raphaël Fumet. Je lui en ai un peu voulu sur le moment, ainsi que de mon ignorance, mais après tout, il n'avait jamais prétendu non plus en être l'auteur...

Par contre mon professeur avait un fils, guère plus âgé que moi, Gabriel Fumet qui était alors élève de flûte au Conservatoire national de Paris. Il a fait bien du chemin depuis et est devenu l'un de nos meilleurs flûtiste français. Je ne pense pas qu'il se souvienne de moi: son père avait envisagé un sonate, lui à la flûte et moi au piano. Il avait mis son  propre piano à ma disposition, pour que je puisse travailler. Mais le niveau technique de Gabriel Fumet m'écrasait, alors que le mien n'était vraiment plus à la hauteur: quand on ne travaille plus un instrument, on le perd très vite. Et son père, dans la pièce à côté, s'en est vite rendu compte. Bref, on en est resté au stade de l'intention.

Toujours pour combler le temps vide - car je n'avais vraiment pas grand chose à faire de mes journées - j'ai tenté d'apprendre tout seul l'harmonie, au moyen du Traité d'harmonie de Théodore Dubois vers 1921). Plus académique tu meurs! Je me souviens y avoir trouvé, en substance, des conseils du genre "ce type d'enchainements est à éviter absolument. Toutefois Mozart s'est parfois hasardé à l'employer". Ou encore "ce n'est pas parce que J. S. Bach s'est permis ce genre de modulation très mal préparée, que vous devez l'imiter". Comme les horaires de la classe d'harmonie n'étaient pas compatibles avec mes obligations militaires, j'ai eu droit à quelques bienveillantes corrections de mes exercices par le professeur: le brave homme! Lui et moi nous sommes très vite lassés de ce petit jeu.

La flûte, par contre, je la travaillais avec assiduité, tous les jours après le déjeuner dans les vastes combles de la caserne où non seulement l'acoustique était magnifique mais où je pensais ne déranger personne. Ce n'est que lorsque mon capitaine a pris sa retraite qu'il m'a avoué que, sa chambre étant exactement en dessous, j'avais quelque peu perturbé ses siestes mais qu'il avait été très satisfait de constater que j'avais fait de gros progrès...


Angers: c'est dans les combles de la caserne Desjardins
que je travaillais la flûte


À nouveau à Rennes

Service militaire achevé, je me suis à nouveau retrouvé à Rennes pour achever le cursus de mes études d'architecte; avec une nouvelle flûte Yamaha que j'avais acquise à Angers. Un peu déçu par l'enseignement que j'avais reçu au Conservatoire, en comparaison de celui de l'École de musique d'Angers, je ne me suis pas ré-inscrit en classe de flûte mais, pour garder un fer au feu, ai continué la classe de solfège: j'en avais encore besoin, ça ne me déplaisait pas et c'était un endroit idéal pour se faire des contacts avec d'autres musiciens.

Souhaitant utiliser mes nouvelles connaissances je suis rentré à l'orchestre universitaire, dirigé par monsieur L'Hermelin, le secrétaire du Conservatoire: niveau médiocre mais bonne ambiance et même franches rigolades à l'occasion. À part quleques concerts d'initiation dans les école avec des œuvres d'accès facile (petites symphonies de Mozart ou Haynd), nous assurions la partie musicale des évènements académiques tels que la réception d'un nouveau docteur Honoris Causa, avec hymne national et une ou deux œuvres d'un compositeur de même nationalité que le récipiendaire; ce qui n'allait forcément tout seul lorsque cette personne était issue d'un pays aussi exotique que le Pakistan ou la Corée...

Le pupitre de seconde flûte était tenu par un brave homme qui partageait avec Beethoven la particularité d'être sourd comme un pot. Pas facile. Mais me disait-il, avec mon appareil j'entends tout de même un peu, je perçois les vibrations, ça me plaît et de toutes façons il suffit de regarder le chef et de bien le suivre. Admettons. Il y prenait un grand plaisir, s'appliquait énormément et quand ça dérapait un peu ou qu'il jouait vraiment faux, avec son assentiment, je lui donnais un petit coup de coude. Pas de quoi se fâcher.

Mais, avec quelques musiciens de l'orchestre nous avions d'autres ambitions. Alors nous avons fondé un petit ensemble de musique de chambre que nous avons appelé, en toute modestie et un peu en latin de cuisine, Ars Juvenis. Les noms d'ensemble en latin étaient très à la mode à cette époque. Bien que cette initiative ait été très mal vue par le directeur du Conservatoire (monsieur François Capoulade), qui avait interdit à ses élèves de nous rejoindre, nous en avions tout de même débauché quelques uns, qui ne s'en vantaient pas. Par la suite les autorités musicales de Rennes ont fini par nous tolérer, puis nous considérer comme un partenaire fiable et même nous envoyer leurs meilleurs éléments. Entre-temps le petit ensemble était devenu un orchestre symphonique, élément incontournable de la vie musicale rennaise. Mais j'avais déjà quitté Rennes pour Saint-Brieuc.


Ars Juvenis en concert à Erlangen, Allemagne

Ars Juvenis a donc grandi petit à petit et s'est bonifié. Il lui a vite fallu trouver un chef. Nous avons recruté un jeune chef, Xavier Ricour. Et nous avons commencé à nous produire à Rennes et dans la région.


Ars Juvenis en répétition
étant donné que je prenais ces photos, on ne m'y voit évidemment pas

J'ai encore dans un tiroir un certain nombre d'enregistrements de cette époque. Ils sont malheureusement sur bandes, je ne suis plus équipé pour les écouter ou les repiquer et comme tous les enregistrements de ce type, ils ont probablement mal vieilli (l'aimantation ayant hélas tendance à se recopier de spire en spire). Il en me reste plus d'exploitable qu'un Gloria de Vivaldi, donné à Saint-Brieuc en 1972 avec le Chœur Renaissance. J'y reviendrai, mais en voici le début. Mais si, je vous assure, il y a bien une partie de flûte et c'est moi qui la joue. Il faut toutefois de bonnes oreilles pour m'entendre car la flûte double presque en permanence les premiers violons ou le hautbois.


Xavier Ricour de nos jours

Xavier Ricour dirige toujours, je crois, mais Ars Juvenis a préféré changer de chef, dans les années 70. C'est Louis Dumontier qui lui a succédé, avant de décéder en août 2006. Nous étions en effet resté sans chef pendant que Xavier devait accomplir son service militaire et, pour que l'orchestre continue à travailler en son absence et du fait que la flûte était peu utilisée dans notre répertoire, les musiciens m'avaient demander de les faire répéter, une semaine sur deux, puisque je n'avais rien de mieux à faire. Mais la direction est un métier, qui ne s'improvise pas et mes limites ont rapidement été atteintes. Je me suis en particulier cruellement rendu compte que je ne connaissais strictement rien aux instruments à cordes et à leurs exigences.

Ma formation demandant donc à être revue et augmentée, je suis retourné frapper à la porte du Conservatoire et demander si je pouvais être admis comme débutant dans la classe de violoncelle. Pas de problème. C'est madame L'Hermelin (l'épouse du secrétaire - chef de l'orchestre universitaire) qui m'a accueilli dans sa classe, avec une grande gentillesse et d'immenses talents pédagogiques. Je n'ai pas joué bien longtemps du violoncelle mais j'étais fortement motivé et avais déjà acquis de solides bases musicales. Mes progrès ont été fulgurants; je n'en reviens encore pas. Au point que, le chef étant revenu de l'armée, il m'est même arrivé de remplacer (tant bien que mal) un violoncelliste momentanément absent à l'une ou l'autre des répétitions. Il ne m'en reste rien je pense, en tous cas je n'ai pas tenté l'expérience, mais cette expérience m'a énormément enrichi sur le plan musical. Je n'ai plus actuellement de violoncelle. Lorsque j'ai cessé de prendre des cours, je l'ai vendu à un ami, bon violoncelliste, qui louchait dessus depuis longtemps car cet instrument du XIXè était d'une grande qualité. J'ai appris qu'il avait, hélas, été détruit dans un incendie quelques années plus tard.


c'est bien moi, vers 1970, avec un autre Gérard, hautboïste


À Saint-Brieuc

Diplôme d'architecte en poche et après avoir achevé ma formation pendant trois ans dans une grosse agence d'architectes, j'ai décidé de voler de mes propres ailes et ai choisi de faire mon trou à Saint-Brieuc, début 1972. Je ne vous entretiendrai pas de ma carrière - ce n'est pas le but de cette page - mais de ma vie de musicien dans cette ville.

Saint-Brieuc a bien changé, mais en 1972 c'était encore presque un désert musical. Il y avait bien une petite école de musique (devenu depuis un assez gros conservatoire) mais la ville ne proposant alors aucunes études universitaires, la plupart des jeunes musiciens la quittaient un fois le bac en poche. Pas d'orchestre, même de chambre. Cela me manquait beaucoup. Avec deux amis, un organiste professionnel et la professeure de flûte de l'école de musique, nous avons tenté de faire un peu de musique. Cette tentative s'est vite arrétée car j'étais un peu un boulet pour eux, qui visaient plus haut que je ne pouvais atteindre. Quant aux élèves de l'école de musique, c'était le contraire, ils ne me suivaient pas.

Je venais d'arriver à Saint-Brieuc quand une chorale des Côtes-d'Armor, le Chœur Renaissance fondé et dirigé par Loïk Le Griguer, a fait appel à Ars-Juvenis pour donner le Gloria de Vivaldi. J'ai été heureux de retrouver les musiciens que je venais de quitter et de me joindre à eux, le temps d'un concert (écoutez l'extrait de ce concert déjà proposé un peu plus haut)


Cette photo du Chœur Renaissance en concert
doit plus ou moins remonter à cette époque

Au début de l'été, le chœur a donné le Te Deum et le Magnificat de Charpentier, également avec Ars Juvénis. Ces œuvres ne faisaient pas appel aux flûtes, alors j'ai demandé à chanter, dans le pupitre des ténors et y suis resté jusqu'à l'âge de ma retraite! Voilà comment on se recycle avec bonheur.

Mais ma flûte n'avait tout de même pas encore donné ses dernières notes et j'essayais d'en jouer à chaque occasion qui se présentait, soit en première partie de concert, soit avec un autre ensemble instrumental et vocal créé dans la région de Lamballe par un de mes amis, Michel Bourdel, décédé en 2014: l'ensemble Landsegal.


Il ne reste pas grand chose non plus pour témoigner de cette époque, mais j'ai retrouvé un vieil enregistrement d'un concerto pour 2 flûtes de Vivaldi, donné en concert dans une église de Brest avec l'orchestre universitaire. Si vous voulez l'écouter c'est sous ce lien. Je joue la seconde flûte, la première étant jouée par monsieur Serpolay (j'espère que je n'écorche pas son nom) qui était professeur de physique à l'Université de Brest, avant d'achever sa carrière à celle de Clermont-Ferrand. Bon, ce ne sont pas deux Jean-Pierre Rampal, la réverbération est un peu envahissante et la prise de sons n'est pas géniale, mais sans vouloir me hausser du coude, ça fait un beau duo, bien homogène et qui, assure. Non?

Que reste t-il de tout cela? Eh bien rien ou du moins pas grand chose. La flûte est restée dans son étui de longues années, faute de réelle motivation et d'occasions. Je l'en ai sortie récemment et ai constaté que j'étais revenu au point de départ, ou presque: quelques sons faux et déplaisants, un oubli total des doigtés, bref c'est pratiquement comme si je n'en avais jamais joué. Quel désastre! Mais la flûte, voyez-vous ce n'est pas comme la bicyclette: ça s'oublie.

J'ai quitté le Chœur Renaissance, à peu près à l'époque où j'ai pris ma retraite, lorsqu'il s'est transformé pour devenir l'Ensemble Arezzo, une formation plus restreinte mais plus professionnelle. J'avais le sentiment d'avoir assez donné et aussi la conscience d'une voix de plus en plus fatiguée et déplaisante à entendre. Mais cette période de ma vie m'a apporté beaucoup de joies et confronté à la plupart des grandes œuvres du répertoire. Presque tous nos concerts ayant été enregistrés, j'en conserve précieusement la trace et même s'il s'agit d'enregistrements loin d'être parfaits sur le plan technique (surtout les plus anciens) et que les fichiers MP3 que j'ai conservés ne leur rendent pas justice. C'est toujours avec émotion que je les ré-écoute. Par exemple, ce premier choeur de la cantate Christ lag in Todesbanden (BWV 4) de J. S. Bach. Il me reste également quelques photos, comme celles-ci prises lors d'un concert autour de la messe en Si de Bach, en 2003 en l'église Saint-Michel de Saint-Brieuc.


Mais pas question d'abandonner la musique pour autant! Je raconte dans une autre page de ce site comment j'ai tardivement re-découvert l'orgue de mes premières amours et ce surprenant logiciel de simulation d'orgue qu'est Hauptwerk. J'y consacre à présent une bonne partie de mon temps, entouré par un petit groupe d'aficionados avec lesquels j'entretiens des liens fréquents et cordiaux.

J'ai aussi continué à donner un coup de main pour les concerts aux ténors de la chorale Landsegal, jusqu'à la disparition de leur chef. Cet ensemble, très fusionnel avec son directeur a préféré se dissoudre après sa mort. Mais je ne sais pas si moi, de mon côté, j'aurais pu continuer bien longtemps à chanter, avec ma voix cassée et la fatigue que représente un long concert, debout, pour une personne de mon âge. Il faut savoir tourner la page. Il ne reste donc plus que l'orgue, tant que ma vue me permettra de lire une parition et que mes doigts ne seront pas trop douloureux...

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